Interview de l’auteur
La Thérapeute est votre premier roman, traduit dans 29 pays et, pour la première fois, publié en France. Avez-vous un attachement particulier pour ce pays ?
Oui, je suis très attachée à la France ! Mon mari est Français, et mes enfants le sont à moitié. Quand j’ai compris que je me marierai avec un Français, j’ai décidé d’apprendre la langue pour parler avec ses amis et sa famille. Depuis, je passe tous mes étés en France, surtout en Bretagne. Autant dire que c’est un vrai plaisir de voir mon livre sortir en français, enfin !
Vous êtes psychologue de profession : comment êtes-vous venue à l’écriture ?
J’ai imaginé et écrit des histoires toute ma vie, mais quand j’étais jeune, on m’avait dit que c’était très difficile de vivre de sa plume, alors j’ai pensé qu’il fallait trouver une profession. La psychologie m’a intéressée, peut-être pour la même raison que l’écriture : elle me permet de me plonger dans les mécanismes des relations humaines, nos émotions, nos interactions, tous les ajustements nécessaires pour parvenir à s’entendre. J’ai fait mon doctorat sur les émotions de la honte et la culpabilité. Pendant mon doctorat, j’ai eu mon premier enfant et, durant mon congé maternel – 9 mois en Norvège –, j’ai passé des heures dans l’obscurité avec le bébé qui ne voulait pas dormir. C’est à ce moment-là que l’histoire de La Thérapeute m’est venue : un mari qui dit au revoir et disparaît sans explication, sa femme qui est forcée d’aborder les coins sombres de sa vie dans une maison qui devient de moins et moins sûre. J’ai trouvé l’idée trop bien pour la laisser en plan. Dès que j’ai eu un peu de temps libre, je me suis mise à écrire.
Pourquoi avez-vous choisi de faire exercer votre propre profession à Sara, votre personnage principal ? Vous écrivez sur ce que vous connaissez, n’est-ce pas ?
Je pense que la profession d’une psychologue clinicienne offre des éléments intrigants pour un thriller. Je voulais emmener le lecteur dans le cabinet du psychologue où, normalement, seuls le praticien et le patient peuvent entrer. Tout ce qui est dit dans ce cabinet reste confidentiel. C’est la condition pour que le patient se sente en sécurité et puisse révéler ses secrets, ses désirs, ses pensées les plus honteuses – même s’il arrive souvent qu’on mente en thérapie. Je trouve ça fascinant : y compris devant un psychologue, nous sommes soumis à notre besoin d’être respecté, admiré, aimé…
Quelles passerelles y a-t-il, selon vous, entre la psychologie et la littérature ?
Comme chercheuse et autrice de thrillers psychologiques, j’utilise ma fascination des interactions humaines. Tous les petits mécanismes… Comment, par exemple, je m’adapte aux signes de l’autre personne, si elle m’écoute avec intérêt ou si je perds son regard. Ces petites séquences d’interaction sont associées à la honte mais, dans les projets scientifiques, ce n’est pas facile de les étudier en petit format. Dans la littérature, je suis libre de les explorer comme je veux et de suivre leurs conséquences jusqu’au bout.
Le mensonge est un thème crucial dans ce roman…
Oui. Je trouve ça très intéressant, surtout les mensonges avec des intentions pas méchantes. Ceux qu’on raconte pour protéger les personnes proches, par exemple, sa famille ou son épouse. Ces mensonges, parfois faits pour des raisons nobles (et parfois pas si nobles que ça…), peuvent créer de grands problèmes. Dans mon roman, Sara vient d’une famille pleine de non-dits. Or, ce qui n’est pas prononcé dans les familles, ce qu’on veut laisser sous le tapis, finit souvent par remonter à la surface…
La folie affleure également tout au long du récit…
Comme soignante des problèmes psychologiques des autres, Sara se trouve dans une situation où elle ne sait pas si elle peut faire confiance à ses propres sens, à sa mémoire, à sa raison. Et cela arrive au moment où elle n’a jamais eu autant besoin de sa raison : son mari a disparu avec un mensonge qu’elle ne peut pas comprendre, et elle perçoit des signes qui lui disent qu’elle est peutêtre, elle-même, en danger. Perdre sa raison comme ça, c’est une des situations les plus inquiétantes que je peux imaginer. Si on ne peut pas compter sur son jugement, sa raison, on est vraiment sans outils pour gérer sa vie. Et le chemin vers la folie est assez court.
La maison de Sara est un personnage à part entière. Comment l’avez-vous imaginée ? Comme une projection de l’état d’esprit de Sara ?
J’ai imaginé la maison plutôt comme une image du mariage de Sara et Sigurd : un projet construit sur des belles idées qui résistent à se traduire dans la pratique. La maison est à moitié faite, et Sigurd a arrêté les travaux au milieu du chantier. Depuis longtemps, Sara a imaginé cette maison comme l’aboutissement du rêve d’une vie meilleure, mais, petit à petit, elle a commencé à perdre confiance dans cette image. Son cabinet de consultation reste le seul espace dans la maison, fini et adapté à sa vie, le seul endroit où elle peut être à l’aise.
Quelles sont vos influences littéraires ?
J’ai eu l’idée de La Thérapeute après avoir lu Gone Girl de Gillian Flynn, une histoire d’une épouse qui disparaît. J’ai aimé la richesse des personnages et de leurs relations. Je trouve que Flynn montre un niveau de réflexion qu’on ne trouve pas souvent dans les thrillers. Ce livre a ouvert le genre pour moi, il est sûrement l’influence la plus directe. J’ai aussi beaucoup aimé les romans de Liz Moore. Dans la littérature norvégienne, je suis inspirée par Tore Renberg et Lars Saabye Christensen, deux auteurs qui prennent au sérieux la perspective de leurs protagonistes, sans jamais compromettre l’esprit du personnage. C’est très important quand on écrit à la première personne. C’est aussi quelque chose que fait très bien l’autrice française Virginie Despentes, à mon avis.
La Norvège est une terre de polars, c’est d’ailleurs lors du Krimfestivalen que vous avez rencontré Bernard Minier et les éditions XO…
Oui, c’est une belle histoire ! Au Krimfestivalen, à Oslo, en mars 2025, j’ai rencontré Bernard Minier après une table ronde sur scène. Son éditrice norvégienne nous avait présentés et nous avons parlé un peu de l’environnement littéraire français. Bernard m’a demandé si mes livres étaient publiés en français. Non, malheureusement pas, je lui ai dit, et j’ai ajouté que ça me rendait un peu triste, car la France, c’est mon deuxième pays. Il a tout de suite demandé à la responsable des droits étrangers de XO qui l’accompagnait, de nous rejoindre. Nous avons parlé tous les trois et, quelques semaines plus tard, XO me contactait pour racheter les droits français de mon premier roman. Merci, Bernard !
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la presse en parle
« Cette histoire mérite largement qu’on s’y plonge, quitte à sacrifier à son tour quelques heures de sommeil ! (…) Mensonges, non-dits et mémoire défaillante nourrissent un thriller psychologique et domestique où la demeure, inachevée, devient un personnage à part entière. Sans jamais céder à la démonstration clinique, l’écrivaine met son expertise au service d’un suspense insidieux »
Chloé Ronchin, CNEWS